Interview

Vocuhila Trio Couloir

Interview faite par La Fabrica’son à Maxime Bobo pour le concert au Théatre 71 à Malakoff en novembre 2012.

LF : Cela fait environ 3 ans que votre trio existe, de quel manière ce groupe s’est-il nourri pour avancer ? Avez-vous cherché différents chemins pour faire évoluer votre projet ?

MB : Le groupe s’est construit et s’est nourri de l’identité et des expériences de chacun. Nous avons un certain bagage commun lié au jazz, au free jazz et à la pratique de l’improvisation et jouons tous dans d’autres projets, que ce soit en France ou à Berlin, notamment ; l’évolution de chacun contribue à faire évoluer la musique du groupe.

Par ailleurs, il y a des choix qui sont imposés au fur et à mesure des concerts, par exemple de rester dans une configuration assez classique avec un minimum d’effets instrumentaux pour privilégier un discours mélodique et rythmique autour de thèmes et de motifs répétitifs, et des développements dans la continuité, plutôt que de créer des cassures et du zapping.

LF : Sur votre myspace, on peut lire que votre trio joue un free Jazz contemporain axé sur l’improvisation collective. Jouez-vous une forme nouvelle du Free en ce sens cette musique est-elle pour vous un courant du jazz qui continue de se construire?

MB : Je ne sais pas si nous jouons une forme nouvelle du free mais je pense qu’il est possible d’être inventif en jouant une musique qui tout en intégrant des idées, des approches nouvelles, garde un lien fort avec le jazz et le free jazz.

LF : Vocuhila est membre du Capsul collectif à Tours pouvez-vous nous en parler?

MB : C’est un collectif qui s’est monté l’année dernière, sous l’impulsion d’Antoine Hefti et d’Etienne Ziemniak. Il y a beaucoup de musiciens dans la région tourangelle qui jouent des musiques liées au jazz, au free jazz ou free rock, à l’improvisation etc…et certains groupes qui essaient de travailler, de développer un son dans la durée, mais ont du mal à se faire connaître à l’extérieur. Le collectif devrait permettre plus de visibilité et aussi de créer des échanges avec des musiciens ou collectifs d’autres régions. A l’heure actuelle, le collectif regroupe quatre formations : Vocuhila, Air Brigitte, Wat Sun et Omar.

LF : Vous développez un univers personnel, ouvert assez imprévisible. Cependant, il est parfois difficile de ne pas songer à Ornette Coleman en écoutant votre musique. Quel rapport entretenez-vous avec ce musicien et éventuellement d’autres grands passeurs du free-jazz « de l’époque » ?

MB : Bien sûr la musique d’Ornette Coleman a eu une énorme influence sur nous, mais aussi celles de nombreux autres musiciens de free, pour ma part notamment le phrasé plus haché ou saturé de Jimmy Lyons ou Jemeel Moondoc par exemple, qui garde cependant une force d’expressivité et une candeur ancrées dans le jazz ancien ou le blues. C’est vrai qu’on se situe plutôt dans cette approche du free jazz en tant que musique folk, de transmission orale.

LF : Sur le site Soundcloud, on peut écouter certaines de vos compositions. Il y a également une très belle photo qui semble avoir été prise lors d’un concert en plein air dans lequel on voit 2 jeunes filles danser ou du moins onduler sur votre musique. Mais pourquoi ne danse-t-on si peu pendant les concerts de free alors que cette musique s’adresse autant à l’esprit qu’au corps, et qu’elle renferme un puissant potentiel « libératoire », un groove viscéral?

MB : C’est vrai que c’est une musique très physique, entrainante et qui reste toujours attachée à une certaine pulsation mais peut-être les gens n’ont tout simplement pas l’habitude de danser si la musique ne définit pas un tempo clair et une métrique. Par ailleurs le côté libérateur, le groove viscéral dont vous parlez renvoie plutôt à la transe, à une perte de contrôle, or en Occident on associe plutôt la danse à quelque chose de convivial, de festif.

LF : D’où vient ce nom étrange et accrocheur « Vocuhila » ?

MB : Ca vient du mot allemand Vokuhila, qui se prononce fo-kou-hi-la, ça sonne plus japonais ou africain qu’allemand. C’est un mot composé des premières syllabes de quatre mots (vorne-kurz-hinten-lang, littéralement devant-court-derrière-long) qui désigne une coupe de cheveux, ce qu’on appelle ici une nuque longue. Le côté décalé du mot, entendu par hasard, nous a plu, et aussi le fait qu’à l’oral il semble vraiment sorti d’une autre langue.

LF : Y a-t-il des petits thèmes écrits, des tonalités, des modes de jeu prévus ou est-ce complétement libre ?

MB : Oui il y a des thèmes écrits souvent basés sur des motifs diatoniques qui définissent une ou plusieurs tonalités et un son qui sont le point de départ de l’improvisation. On essaie de les traiter vraiment comme des chansons, qui ont chacun leur couleur, leur humeur propre et de rester dans le morceau au cours de l’improvisation.

LF : Votre musique est très ludique mais reste néanmoins très profonde et du coup une certaine générosité, une certaine ouverture s’en dégage quand on l’écoute. Ce côté ludique est-il recherché ?

MB : Oui le côté ludique est recherché. A la fois pour nous et pour l’auditeur, nous essayons de garder quelque chose de joueur, de vif, de rebondi, de l’interaction. Les thèmes sont là pour ça aussi, pour permettre une certaine reconnaissance, définir un terrain de jeu.

LF : Vos morceaux tournent souvent sur des petits motifs, répétés plusieurs fois au début, qui du coup entrainent rapidement l’auditeur dans la musique avant qu’elle ne commence à se développer… Est-ce que cela a été pensé comme cela ?

MB : Beaucoup de thèmes sont basés sur une structure riffs/appels, c’est-à-dire des motifs répétés un nombre de fois indéfini et dont on sort par une certaine phrase musicale. Ca permet de partir sur quelque chose de clair tout en gardant une souplesse dans la forme puisqu’il n’y a pas de cycles. Même au cours de l’improvisation ça permet de créer des nœuds, c’est-à-dire que pendant un moment la musique se resserre autour d’un motif, ce qui créé une tension à partir de laquelle on peut redémarrer.

LF : A partir de la fin des années 70 le Free Jazz a commencé peu à peu à disparaitre pour devenir quasi absent de la scène durant les années 80 et 90. Aujourd’hui on constate un large engouement des jeunes musiciens pour cette musique. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

MB : Peut-être le jazz est-il devenu souvent trop codé, trop académique, et la musique improvisée tendant de plus en plus vers la musique contemporaine de chambre ou l’électronique, les jeunes musiciens intéressés par le jazz et d’autres musiques populaires puisent d’avantage dans une forme qui a été moins institutionnalisée et qui permet plus facilement d’intégrer d‘autres influences.

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